Le dire est une célébration de l’écriture
La page est partition.
Sur l’établi du métier
Je la pétris éparse.
Les pellicules de langue malaxées
Cent fois en bouche et en mâchoires
S’échauffent.
La pâte lentement prend notes et incruste
Au mur de ma mémoire ses mosaïques imprimées,
Terre des lettres endormies où somnolent les images
Dans le vallon veiné des feuilles circulent secrètement, en rhizomes, les ruisseaux.
Souterraines encore sont les rivières de l’émotion.
Déjà se recompose la fresque musicale de la parole
Parce que s’élève le souffle qui insuffle sonore l’Esprit,
Jaillit de la cithare de chair la corde vibrante de la voix,
La flamme qui flèche qui exalte qui sème et ensorcelle
L’arc-en-ciel du prisme verbal
Enfin l’oreille collective, pavillonnante d’espérance dans la nuit théâtrale, est là
Tel un lac asséché que craquelle et tapisse sans lustre l’ombre
Dans l’apnée du recueillement.
La sève et le sang du Poète
Grondent en une ruée d’eau montagnarde, une dégelée d’alpages de printemps
Et qui gicle et qui comble en un glacis jusqu’à la plage apaisée de poésie
Alors le doux clapot des mains referme, sur elles-mêmes, la cérémonie.
Eric Chartier
